Devenir parent(s) ou comment construire sa propre parentalité

Quel futur parent ne s’est jamais demandé comment il endosserait son rôle de père ou de mère ? Combien sommes-nous à avoir pris conscience de la complexité de cette fonction en expérimentant le quotidien auprès de notre enfant ? Qui s’est toujours senti absolument sûr de lui quant à la posture à tenir dans certaines situations ?      

L’arrivée d’un enfant implique souvent de grands chamboulements. Si de nos jours de nombreuses ressources sont à notre disposition, il n’est pas pour autant plus facile de s’y retrouver avec toutes ces injonctions que nous recevons de notre environnement. Entre modèles familiaux, culture sociétale et valeurs individuelles, nous pouvons vite nous retrouver tiraillés voire complètement démunis dans notre rôle de parent.

Alors comment s’en sortir sereinement dans cette quête d’identité parentale ?

Quand devenir parent s’avère bien plus compliqué qu’on ne se l’était imaginé

Avant même de donner la vie, bon nombre d’entre nous se plaît à émettre un avis sur ce qu’il juge être un bon parent. Qu’on observe le quotidien de nos familles et amis proches ou que nous assistions à des scènes de vies d’inconnus, il nous arrive de penser à comment nous réagirions. Nous avons toutes et tous des principes et des idéaux sur ce que devrait être l’éducation.

Adolescente, je m’étais déjà imaginé comment je serai mère. J’avais quantité d’idées reçues, je lançais par-ci par-là nombre de remarques toutes faites quand on m’interpellait à ce sujet. Jeune adulte, je me projetais beaucoup. J’étais plutôt certaine de la manière dont je gèrerais certaines situations. J’observais les gens autour de moi et je faisais mes propres critiques. Tout allait de soi !

Force est de constater qu’à cette époque, je me montrais très jugeante. Je ne comprenais pas toujours les réactions des adultes face aux comportements de leurs enfants. J’estimais qu’avec moi, ça ne se serait sûrement pas passé de la même manière ! J’affirmais en bloc que « je ne me laisserai pas faire ». Je n’avais aucune notion en matière de développement de l’enfant et ne m’étais encore jamais vraiment intéressée aux processus éducatifs. Aujourd’hui, je sais que je ne faisais que reprendre les discours que j’avais entendu pendant mon enfance. Le modèle parental que j’avais intégré n’était autre que celui de mes propres parents. J’étais également très imprégnée des normes sociétales. Je procédais donc par imitation, suivant la manière de penser la plus relayée dans mon environnement et tout cela sans avoir réellement assimilé les valeurs portées par ce discours.   

Puis est arrivé le jour où je suis devenue maman de mon premier enfant. Et curieusement, j’ai commencé à me poser des questions. Tout n’était plus si simple. Mon positionnement n’était plus si clair. Je me suis retrouvée dans des situations complètement nouvelles. Il ne s’agissait plus tant de moi mais aussi de mon fils et de ses besoins. J’ai ressenti intensément diverses émotions allant de la plénitude au désarroi total. Je pouvais me sentir en complète harmonie familiale et me retrouver complètement paniquée dans les heures suivantes.

Que bébé ait décidé de nous faire la surprise de son arrivée où qu’il s’agisse d’un projet mûrement réfléchi, nous voilà tout à coup jeunes parents sans mode d’emploi et livrés à nous-mêmes !  Toutes nos certitudes volent en éclats et force est de constater qu’il n’est pas si aisé d’appliquer tous nos principes ! Malgré toute notre bonne volonté, bébé est un être à part entière, avec ses besoins particuliers et la relation qui s’installe entre nous est inédite. Tout ce qu’on prenait pour acquis est remis en question. On applique ce qui nous semble adéquat mais ça ne fonctionne pas forcément comme on l’avait projeté. On se sent parfois complètement démunis. Idéal et réalité viennent alors se percuter de plein fouet. Les changements dans notre quotidien sont multiples. On en vient parfois à  se demander si les fondements du modèle éducatif suivi nous correspondent vraiment. Tout est à (re)construire.

« C’est en train de se marquer au fer rouge sur ma peau et ma psyché… [c’est comme] un traumatisme positif »,
Cédric, Histoires de Darons

Trouver le mode d’emploi, se sentir soutenu dans sa parentalité

Avoir un enfant amène quelquefois à des situations inconfortables. On peut se sentir perdu.
Très vite l’entourage se plaît à nous prodiguer des conseils et à nous faire des remarques. Les professionnels que nous croisons çà et là nous donnent des consignes, des lignes de conduites à suivre ou à l’inverse nous laissent en totale autonomie, seuls. Les médias nous assaillent d’images maternelles ou paternelles parfois très idéalisées. Les normes parentales sont partout.

En plus de cela, nous avons toutes et tous une histoire, un parcours, des expériences de vie qui font ce que nous sommes. La manière dont nous avons été éduqués vient aussi ancrer en nous un tas de conditionnements et alimenter notre manière d’être avec nos enfants. Nous avons ainsi des réflexes et des façons de réagir inhérentes à ce qui nous a été transmis. Nos expériences tout comme les personnes que nous avons côtoyées laissent des traces constitutives de notre identité.

Et nos valeurs dans tout ça ? Comment s’y retrouver entre ce que nous avons intériorisé de ce que doit être un parent et ce à quoi nous aspirons vraiment ? Comment parvenir à démêler ce qui incombe de notre propre vision du monde, de ce que nous voulons vraiment être, de ce que les autres voire la société attend de nous ? On peut vite se retrouver dans la confusion.

Etablir un mode parental qui nous est propre passe forcément par un temps d’introspection. Il s’agit alors de venir voir ce qui se passe en notre for intérieur, retracer notre histoire, démêler des nœuds, revenir sur nos blessures d’enfance. Toutes ces étapes parfois inconfortables peuvent nous permettre de comprendre pourquoi on se sent parfois si déstabilisé dans cette nouvelle expérience de vie que constitue la parentalité. Cela peut aussi nous aider à éclaircir ce qui importe vraiment pour nous, ce sur quoi nous souhaitons mettre l’accent dans l’éducation de nos enfants.

Pour ma part, il y a eu une longue phase d’exploration. La remise en question de mes croyances, mes doutes m’ont amenée à lire beaucoup et à échanger. Nombre d’ouvrages sont venus affiner mes connaissances en matière de développement de l’enfant. Je me suis aussi beaucoup inspirée d’articles, notamment de blogs sur lesquels des professionnels ou des parents pouvaient partager leurs propres réflexions. De même, j’ai côtoyé d’autres mères, d’autres pères dans le cadre de Lieux d’Accueil Enfants-Parents (LAEP). J’ai participé à des ateliers sur le thème de la parentalité et ai rejoint des groupes sur les réseaux sociaux. J’ai aussi discuté avec mon entourage, ma famille afin de saisir ce qui avait motivé certaines pratiques. Aujourd’hui encore, je me nourris de ces regards croisés. Tout cela m’a permis de prendre conscience du fait qu’il existe différentes possibilités et qu’on peut s’extraire un tant soit peu du poids des injonctions sociales.

Pendant plusieurs années, j’ai expérimenté, continuant à hésiter entre les différents courants. Je me suis laissée aller à endosser différents rôles et postures. Je me suis souvent retrouvée à agir, à adopter des attitudes avec lesquelles je ne me sentais pas vraiment en accord. Et finalement, plus j’avançais dans ma quête identitaire, plus je sentais que des modèles prédominaient. Je me suis fort identifiée à certaines figures, à quelques auteurs qui avaient toujours les mots et les positionnements qui me faisaient écho.

Petit à petit, j’ai fini par me centrer sur les ressources qui me parlaient. J’ai arrêté de voir les professionnels avec lesquels je ne me sentais pas en accord. J’ai fini par trouver la philosophie qui me correspondait.

S’affirmer dans son identité parentale

Trouver ce qui est juste pour nous n’est donc pas une mince affaire et il me semble que cela nécessite des réajustements constants. Nos enfants grandissent et nous avec eux. Pour autant, j’ai la sensation que nous avons toutes et tous un idéal, une conception de vie qui nous guide dans notre quotidien parental. Le déterminer est une chose, l’assumer en est une autre. Expliquer les raisons qui nous poussent à faire tel ou tel choix, maintenir nos positionnements quand la pression sociale se fait forte implique un véritable engagement.

Se faire confiance est selon moi à la base de toute affirmation identitaire.
Cela passe tout d’abord par la reconnaissance de nos qualités. Prendre conscience de nos capacités, observer en toute objectivité nos victoires quotidiennes aussi minimes qu’elles puissent paraître peut nous aider à maintenir le cap. Tout parent a des compétences qu’il en ait conscience ou non.

Accepter nos failles et considérer nos erreurs comme des occasions de grandir et de renforcer nos prises de conscience peut aussi être une piste. En ce qui me concerne, j’ai maintenant une vision très affirmée de ce à quoi j’aspire en tant que parent. Pour autant, Il m’arrive très régulièrement de douter au sujet de nos choix quotidiens et mes conditionnements ne sont jamais bien loin. Je peux quelquefois m’éloigner de mes valeurs et de la conduite qui me semble être la plus juste. C’est notamment le cas quand je me sens épuisée, que je suis démunie ou quand le regard des autres est trop prégnant. Je suis assez régulièrement en contradiction avec moi-même.

Cela signifie-t-il que je me suis perdue dans mon identité parentale ? Je ne crois pas. A mon sens, cela s’inscrit dans un processus. La complexité humaine fait que nous ne pouvons échapper à ces mécanismes. Le fait de réaliser que nous avons nos propres limites est nécessaire. Avoir des incertitudes, ne pas tout considérer comme acquis, revoir nos choix lorsque ceux-ci ne s’avèrent plus satisfaisants me semble adéquat.

Continuer à lire, à échanger, à débattre, à partager notre expérience me parait par ailleurs essentiel afin d’affiner notre posture parentale. Cela permet de répondre à de nouveaux questionnements, d’approfondir nos connaissances, d’estomper parfois nos doutes.

Connaitre ses propres valeurs, être en capacité d’expliquer les raisons qui motivent nos actions nous permet au final d’être plus ancré. De mon côté, j’ai pris le temps de réfléchir à mes besoins. Si être parent suppose de se montrer attentif à son enfant, il m’apparait tout aussi essentiel de l’être à soi-même. Ce que nous vivons suscite en nous diverses d’émotions lesquelles sont parfois mises de côté voire totalement niées. Les reconnaître et les accepter peut nous guider et nous aider à trouver des réponses à quelques interrogations.  Qu’est-ce que je tiens à transmettre à mes enfants ? Dans quel environnement je souhaite les accompagner à grandir ? Que suis-je prête à accepter ? Qu’est-ce qui m’apparaît comme non négociable ? Le fait de se sentir en accord total avec ce qui nous guide, de pouvoir poser des mots sur nos idéaux peut nous aider à nous sentir plus confiants dans nos choix et ainsi aspirer à davantage de sérénité dans l’exercice de notre parentalité.

Je me suis amusée à créer un petit visuel retraçant les différentes étapes relatées:

Pour conclure, le « devenir parent » s’inscrit dans un processus mouvant. Passant par la (re)découverte de soi et l’expérimentation, l’exercice de la parentalité est d’autant plus complexe qu’elle résulte d’une interaction entre nos besoins et ceux de nos enfants, lesquels s’avèrent parfois difficilement compatibles. Construire son identité parentale implique de nombreuses remises en question. Sortir de sa zone de confort, se confronter à nos propres contradictions, s’affirmer vis-à-vis de notre environnement … Tout cela fait partie du cheminement. Accepter l’inconfort, s’entourer de personnes soutenantes, communiquer autour de ses ressentis et s’autoriser à se regarder sous le prisme de la bienveillance constituent à mes yeux de sérieuses pistes à explorer pour vivre l’expérience de la manière la plus sereine possible.


N’hésitez pas à me faire part de vos ressentis quant à ce premier article. Je serais également heureuse de lire vos remarques et questionnements!

Comme je débute sur WordPress, je ne suis pas parvenue à insérer une icône de partage mais n’hésitez pas à relayer l’article sur vos réseaux si le contenu vous a plu.

Je vous retrouve prochainement pour partager mes inspirations, développer certaines de mes réflexions personnelles et affirmer davantage mon positionnement!


Quelques ressources pour aller plus loin:

– Le blog de Happynaiss dont les mots et expériences me font souvent écho,
avec en particuliers ces deux articles:
« Pourquoi on ne nous apprend pas ça avant de devenir parents? »
« Ce que j’aurais aimé savoir sur les difficultés maternelles »

– Un podcast où les papas ont la parole!
Histoires de Darons
et notamment l’interview dont est extrait la citation présente dans l’article:
« Cédric, tout jeune papa d’à peine 6 jours »

– Un autre podcast qui aborde le sujet du « devenir mère »:
La matrescence
et en particulier cet épisode:
« Peut-on apprendre à être parents »

– Si vous voulez en savoir davantage sur le processus de construction identitaire, cet ouvrage constitue a mon sens un bon support:
« Le développement de l’adolescent- l’adolescent à la recherche de son identité », Christine Cannard
(Vous avez bien lu, il est ici question d’adolescence. Le parallèle avec le « devenir parent » me semble tout à fait opportun au vu des chamboulements que suscitent ces deux périodes de vie.)

14 réflexions sur “Devenir parent(s) ou comment construire sa propre parentalité

  1. J aurais aimé lire cet article il y a dix ans pour gagner du temps sur les incertitudes, les doutes que nous renvoient les normes sociétales, c est vraiment un beau travail!
    J adore!

    Aimé par 1 personne

  2. En tant que mère ! Cette article ne peut que m’attirer, puisqu’il relate beaucoup mes questions que j’ai pu avoir ou même de voir des questions que je n’avais pas encore réussi à me poser car comme tu dis des idéaux trop ancrés ! Cet article est fort intéressant puisqu’il te permet de réfléchir sur beaucoup de chose! Je suis contente que tu écrives à la vue de tous tes pensées parcequ’il faut beaucoup de courage donc chapeau (un plus très bien écrit et très fluide dans la lecture) et de plus pour chaque lecteurs/lectrices cela permet de se recentrer sur soi ,ce qui est pour moi important dans notre civilisation actuelle ! En tout cas merci beaucoup

    Aimé par 1 personne

    1. Comme je te l’ai dis, merci encore d’avoir pris le temps de me lire et de me faire part de tes ressentis. C’est très précieux pour moi. Je suis touchée et heureuse qu’il t’ait fait écho. Que cette lecture t’ouvre des possibles et t’ait permis de te retrouver un peu avec toi-même: juste génial!

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  3. Superbe article Jess. Bravo et je ne peux que t’encourager à continuer ainsi. Je vais te conseiller à mon tour 2 livres si tu ne les a pas déjà lu!? Le premier est complètement dans le thème de ton cheminement : L’art d’être un parent présent de Susan Stiffelman. Le deuxième est Nouvelle terre d’Eckart Tollé et parle de l’éveil spirituel. Ce dernier aborde tous les thèmes de nos vies dont une partie sur l’éducation des enfants très intéressante. Au plaisir d’en discuter. 😉

    Aimé par 1 personne

  4. Quelle résonnance tes mots ont sur moi… Merci d’avoir posé ces mots… C’est en effet un cheminement et pas juste une prise de tête sans but…!!! Merci et quel plaisir de te lire!

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